Le Boy’s Love, ou la dichotomie des sexes

Récemment, je suis tombée sur un terme que je ne connaissais pas du tout : « fujoshi ». Kézako ?

D’après Wikipédia, une fujoshi est une femme (ou fille) fan de Boy’s Love. Aussi appelé slash, yaoi ou shonen ai sous ses diverses déclinaisons, le Boy’s Love désigne les œuvres (mangas, dessins animés, jeux vidéos, romans… fanfictions !) qui ont pour sujet une relation homosexuelle entre hommes. Pour les lecteurs de ce blog qui ont déjà mis le nez dans le domaine des fanfictions, je pense que le concept en lui-même n’est pas nouveau. En fait, je me reconnais partiellement dans la définition de fujoshi, et je suis sûre que quelques-unes de mes lectrices régulières aussi. 😉

Or donc, la première fois que j’ai vu ce mot étrange et que je me suis renseignée à son sujet, cela m’a mis absolument hors de moi.

Pourquoi ? Hé bien tout simplement parce que le terme « fujoshi » est, à sa base, extrêmement péjoratif. En japonais, sa langue d’origine, il signifie rien de moins que « fille pourrie ».

Oui, carrément. Je ne le savais pas, c’est encore nouveau pour moi, mais je suis apparemment une fille pourrie. Je vous laisse imaginer ma réaction.

Depuis, j’ai mis un peu d’eau dans mon vin et j’ai creusé le sujet. Il semble qu’un certain nombre de jeunes femmes utilisent sciemment le terme pour parler d’elles-mêmes, autant par ironie que par auto-dérision. Dans leur bouche, je suppose que je peux l’accepter.

Dans celle des hommes, beaucoup moins. Eux ont tendance à le manier avec un mépris exécrable. On dira par exemple d’un manga chargé en bromance ou dont les personnages masculins se retrouvent souvent torses nus qu’il « cible les fujoshis », généralement avec un agacement palpable assorti de déclarations affirmant que ce n’est pas sérieux, que les créateurs devraient avoir mieux à faire et que ce genre de travers ne fera que détourner les « vrais » lecteurs et spectateurs de la série.

Sous-entendu : les hommes.

J’ouvre ici une petite parenthèse pour ceux de mes lecteurs qui n’ont pas l’habitude de lire des mangas ou de regarder des dessins animés japonais. Je ne parle pas ici des merveilles de poésie que sont les films de Hayao Miyazaki comme Princesse Mononoké ou Le Château Ambulant, mais bien du gros de la production japonaise populaire. Il faut savoir qu’en moyenne, les auteurs de mangas sont très attentifs à combler les attentes de leurs lecteurs dans l’espoir de percer dans un marché presque saturé. Cela veut dire qu’il y a déjà des décennies que leurs lecteurs mâles trouvent leur bonheur en matière de personnages féminins à moitié voire complètement nus. Et ce, pas seulement dans les productions érotiques comme on pourrait s’y attendre. Un certain nombre de mangas à grand tirage jouent sur des tenues et des situations très sexys pour leurs héroïnes (Fairy Tail, Air Gear…).

Mais on s’attend à ce que cela ne choque pas le moins du monde les lectrices. Après tout, ça « fait partie du genre ». Plus personne ne prend seulement la peine de le signaler. En revanche, qu’on appuie avec autant d’insistance sur d’attirants jeunes hommes torses nus et oh là là ! Rien ne va plus. C’est de la propagande. Les fujoshis nous envahissent. Au secours, les filles pourries menacent nos mœurs !

Je voudrais donc mettre ici les points sur les i : dans notre société, on est rarement choqué qu’un homme parfaitement hétérosexuel trouve excitant un combat de deux femmes dans la boue. Je ne vois pas pourquoi les femmes modernes devraient s’excuser d’être en proie au phénomène inverse.

Je n’aime pas le terme « fujoshi », mais je revendique le concept qu’il exprime. Oui, je m’intéresse aux histoires de romances entre hommes. Mes hormones se portent bien, merci pour elles. Ce n’est pas mon but premier en tant qu’auteur, mais je suis susceptible à l’avenir d’écrire et de publier des romans contenant des relations amoureuses ambiguës, voire franchement homosexuelles. Je ferai de mon mieux pour l’indiquer clairement avant l’achat afin que mes lecteurs puissent faire leur choix en toute connaissance de cause. Je comprends que le thème puisse en rebuter certains, et c’est quelque chose que je respecte.

Ce que je n’accepte pas, c’est qu’on me juge pour ça. J’espère ne perdre aucun lecteur pour avoir exprimé mon opinion sur le sujet, mais si ce devait être le cas, ma foi, tant pis. Mieux vaut être seule que mal accompagnée !

9 commentaires


  1. De deux choses l’une, il y a souvent confusion dans l’emploi des termes japonais utilisés par les Occidentaux: entre autres, si le terme « otaku » désigne simplement un fan de manga en Europe, il est extrêmement péjoratif au Japon; et si « shounen-ai » est utilisé en Occident pour désigner ce que les Japonais appellent « Boy Love », il ne faut surtout pas parler de « shounen-ai » à un Japonais, ou il va croire qu’il s’agit d’une relation entre un adulte et un enfant/adolescent…

    Tout ça pour dire, la plupart des Occidentales qui revendiquent le terme de « fujoshi » n’ont sans doute pas conscience du sens d’origine. C’est une bonne initiative de le rappeler dans ce post.

    Et effectivement, l’existence en soi de ce terme est proprement scandaleuse. Je ne sais pas si tu es au courant du genre de réactions qu’a suscité la sortie de « Free! » auprès des fans de Kyoto Animation (qui jusque-là faisait surtout des séries « moe » visant un public majoritairement masculin, notamment « K-on! »), mais ça allait très loin… Dès la sortie du trailer promotionnel, ils ont menacé de boycotter les futures productions du studio sous prétexte que le fanservice ne devrait s’adresser qu’à eux, que parti comme c’était les séries « gay » allaient envahir les médias japonais, que tout le marché « moe » allait disparaître, j’en passe et des meilleures…

    Le pire ce n’est pas tant que ça les scandalise, c’est qu’ils le disent ouvertement. Et que tout le monde se sente obligé de prendre des pincettes… Au fond, tant qu’il n’y a aucune scène nécessitant un PG-18, pourquoi se donnerait-on la peine de coller une étiquette « Attention Homoérotisme!!! » sur un livre? Qu’est-ce qu’un baiser entre deux personnes de même sexe a de choquant par rapport à celui d’un couple hétéro? Que je sache, tous les enfants qui ont grandi avec Disney ne sont pas automatiquement devenus hétéros en grandissant, je doute que leur raconter des romances homosexuelles ait l’effet inverse.

    Et prévenir à l’avance qu’untel et untel vont finir ensemble fait perdre une bonne partie de l’intérêt de l’histoire. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi tu devrais te donner cette peine, à moins, encore une fois, d’avoir des scènes très explicites, auquel cas oui, je comprends aisément que ça puisse choquer.

    C’est l’une des raisons pour laquelle j’adore Ursula Leguin comme auteur: certains de ses personnages sont homosexuels, d’autres pas, c’est parfois un point central de l’histoire, parfois un simple détail dans le décor, et elle représente une myriade de sociétés différentes où ce fait est très rarement considéré comme tabou. Les problèmes de racisme, d’esclavage, de sexisme et d’extrémisme religieux sont bien plus problématiques, pour la simple raison qu’ils relèvent du cercle public, quand l’homosexualité relève du cercle privé. Ce n’est donc un problème que si la société l’interdit.

    Enfin, j’ai dit tout ça, mais tout n’est pas noir: les médias japonais proposent davantage de fanservice pour leur public féminin, « Free! » a connu un franc succès, même auprès d’un public masculin et hétéro, et le terme de « fangirl » est largement plus employé que celui de « fujoshi », avec une connotation beaucoup plus neutre. Quant aux médias européens, entre « Sherlock » de la BBC et la très populaire émission de radio « Night Vale » où le couple principal officiel est homosexuel, on n’est pas en reste. X)

    Les moeurs changent, les esprits avec, et encore heureux.

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    1. C’est vrai, ça a été mon premier réflexe : que les filles utilisant ce terme ignoraient de quoi elles parlaient. Mais je ne veux pas me montrer trop condescendante, d’autant plus que l’information est disponible en un clic sur Wikipédia… donc j’ose espérer que la majorité sont plus malines que ça.

      Je ne m’étais pas renseignée sur les réactions sur « Free! », mais comme c’est en cherchant des infos sur « K » que je suis tombée sur le terme « fujoshi » et les réactions des spectateurs mâles qui y sont attachées, je me fais une assez bonne idée d’à quel point ça devait être virulent pour une société de production connue ! Et comme tu dis, c’est vraiment dingue qu’ils se sentent dans leur bon droit pour faire ce genre de commentaires. (Pour info à ceux qui liraient ce message, « K » est un dessin animé visant les fans de Boy Love, oui, mais il compte aussi un personnage féminin qui passe son temps à poil.)

      Quant à ma volonté de signaler les couples homosexuels dans mes romans, j’envisage surtout de créer une page à part où seront listées celles de mes histoires qui en contiennent, surtout en tant que romance principale. De cette façon, ceux que ça rebute vraiment pourront trouver l’information, et les autres n’auront pas à se faire de spoilers. Après, tu n’as pas tort, c’est dommage d’en arriver là. Peut-être que je ferai plutôt un sondage pour savoir si certains jugent ça nécessaire…

      Ah, Ursula Leguin… Encore un nom que j’ai souvent entendu et dont je n’ai jamais rien lu ! Je finis par me dire que c’est un vrai scandale que la médiathèque de ma ville soit aussi peu fournie en SFFF…

      Mais oooh, tu viens de m’apprendre quelque chose sur « Night Vale ». J’avais essayé le premier épisode par curiosité il y a quelques temps, j’avais trouvé ça intriguant mais pas au point de poursuivre. Je trouvais la distance entre le spectateur et les personnages assez déboussolante. S’il y a un couple principal, ça suggère que ça s’arrange. Je vais peut-être essayer de poursuivre un peu…

      En tout cas oui, heureusement, la société n’est pas figée dans la pierre !

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      1. Ah ça, crier au scandale face à « K », c’est fort de café… Est-ce que l’homoérotisme frise le ridicule dans cet anime? Oui. Est-ce qu’il y a beaucoup d’hommes dénudés? Non. De femmes dénudées? OUI. Dans tout le générique de fin, même. (Et comme tu le disais, c’est d’autant plus perturbant vu la véritable identité et personnalité de la femme en question…) Mais ça, bien sûr, ça ne choque plus personne… -___-

        Créer une page de ce genre n’est pas une mauvaise idée, surtout sur internet. X) Tu verras que ça te fera plus de pub qu’autre chose: certaines de tes lectrices se jetteront sur les romans en question avec force et fracas. *sifflote*

        En fait je ne suis pas « Welcome to Night Vale », je n’ai fait qu’en entendre parler. ^^; Pas plus que BBC « Sherlock »… Je ne suis pas très branchée série américaine ou audio drama. Honte à moi de parler sans savoir… Mais je suis plutôt sûre de mes sources.

        Cela dit, si tu t’y mets, je vais peut-être devoir y prêter une oreille. « Night Vale » m’intrigue déjà plus que « Sherlock », ne serait-ce que parce qu’ils officialisent le couple, EUX. X)

        Et oui, vu comme tu aimes les dragons, c’est scandaleux que tu n’aies pas lu un seul livre de « Terremer ». XP (Remarque, il n’y a pas de personnage homosexuel dans cette série-ci…) Parles-en aux médiathécaires? C’est quand même un auteur qui a eu le prix Hugo, c’est pas rien…

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        1. Ha ! En effet, une page d' »avertissement » peut aussi servir à attirer un certain lectorat. XD

          Pour ce qui est de ma médiathèque, c’est la plus grande de la ville et les romans de SFFF sont regroupés sur deux pauvres étagères coincées sous la bannière généraliste « Science-Fiction ». J’ai autant de chance de trouver de la lecture là que dans le rayon Adolescents, tant c’est fourni… (La preuve, je viens de vérifier et ils ont la Passe-Miroir ! Au moins pour la jeunesse on ne peut pas (trop) leur jeter la pierre !) Donc bon, pas sûre de trouver une oreille attentive…

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  2. Ca revient un peu aux gens qui parce que tu écris de la romance et des scènes de sexe pensent forcement que tu es une pauvre femme en manque. Ca me fait toujours beaucoup sourire. Et je trouve plutôt qu’ils sont malins les magaka qui font cela, oui, il y a un marché, autant s’y engouffrer.

    Et ça m’amuse beaucoup parce que prend Naruto mais ce n’est pas le seul exemple,franchement Sasuke est quand même là pour plaire à la gente féminine. Le personnage est beau, sombre, bla, bla, plait à toutes les filles dans le manga, des fois qu’on aurait pas compris que c’est sur lui qu’on est censée fantasmer. Et en gros, tant qu’il est habillé, les femmes peuvent s’en donner à cœur joie et ce n’est pas choquant mais si on le désape un peu, ça ne va plus. Comme si les femmes ne devaient fantasmer que romantiquement et pas sexuellement. … beau sens des réalités!

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    1. C’est tout à fait ça, on est censé rester la vierge pure et innocente du Moyen-Âge aux yeux de ces messieurs – mais attention, sauf aux moments où ça les arrange qu’on ne soit pas si innocentes que ça… L’égalité des sexes, on n’y est pas encore !

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      1. 1. Féminisme ? D’accord mais faudrait peut-être utiliser le mot avec plus de parcimonie :
        Il y a quand même une marge entre le féminisme d’origine qui visait à obtenir au femme un statut social équivalent aux hommes (le droit d’avoir la liberté de travailler, d’obtenir des revenus, de divorcer… Bref, le droit d’être un adulte responsable) et le féminisme moderne qui n’a plus rien à voir. Pervertis entre l’idée des plus sexistes (hommes comme femme !) d’une femme libérée sexuellement et qui travaille… Et si la femme n’a pas envie de travailler et souhaite se consacrer à une vie maritale et fertile ? Cette femme là se retrouve coincée entre le stéréotype de la femme au foyer qui ne lui convient pas et celle de la carriériste qui ne s’adapte pas à son projet de vie.
        Rappelons tout de même que le mot barbare de la reproduction de l’espèce fonde notre environnement social depuis ses débuts. Le partage des tâches a toujours eu lieu puisqu’il s’agit du modèle le plus efficace pour élever les enfants jusqu’à leur maturité. (bon j’suis d’accord que maintenant on pourrait relativiser un peu la notion, mais tout de même. La cellule familiale est primordiale, un psychologue ou un criminologue le dirait très bien, une structure familiale fiable et organisée c’est ce qui permet de stabiliser une société et de réduire les cas de délinquance marginale).

        2. Boy’s love ? Sexe entre mec ou un bon synopsis avec le petit côté homo-romantique qui donne un peu de piment ?
        Tout ça pour dire que je crois sincèrement que la boy’s love c’est avant tout du roman d’amour, avec des mecs, certes, mais ça entre parfaitement dans la catégorie. Je me demande même comment Harlequin n’a pas sauté sur l’occasion d’en faire un business… 8D !
        Même si je trouve quand même dommage de faire tourner autour du mot roman gay le mot sexe… Comme si ce sous-genre n’était fait que pour faire lire à des femmes des parties fines entre hommes.
        On peut dire ce qu’on veut, un bon roman gay c’est avant tout un roman qui ne se définit pas par la sexualité de ses protagonistes. Donc, boy’s love c’est peut-être mal trouvé pour parler d’un genre… Plutôt d’une mode où la sexualité devient un produit consommable comme un autre (et l’homosexualité existant depuis toujours dans nos sociétés, ce serait un comble qu’elle n’est pas sa place d’honneur chez nos libraires… ou nos sites de fanfic’ xD).
        Je sais pas si je m’exprime bien mais en fait, boy’s love pour moi c’est un roman-pas-catholique traitant exclusivement d’une relation entre deux mecs.
        Je préfère entendre parler de roman de fantasy avec un protagoniste gay, mais dont l’histoire ne se résume pas à quand il écarte les jambes.
        … Et crois-moi c’est dur à trouver ces romans là.

        J’étais un peu hors-sujet, là, non ? XD
        En tout cas, j’me sens moins seule après avoir lu ton article, même si je n’aime pas le mot féminisme.

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        1. 1. Relis un peu : tu t’apercevras que tu es la seule à avoir utilisé le mot « féminisme » sur cette page… Je n’ai parlé que « d’égalité des sexes », ce qui, comme tu le dis toi-même, n’est pas tout à fait la même chose à l’heure actuelle. 😀 Le terme est en effet de plus en plus entaché par certains extrêmismes.
          Pour autant, j’ai l’impression que tu mélanges un peu tout. Une femme qui « souhaite se consacrer à une vie maritale et fertile » ne se retrouve pas dans « le stéréotype de la femme au foyer » ? Tu donnes l’impression que par la faute du féminisme, c’est plus dur aujourd’hui d’être femme au foyer que carriériste. Or je crois qu’il existe autant de machos qui regarderont une carriériste de travers que de féministes de l’extrême qui mépriseront les femmes au foyer. Quant au partage des tâches, il est quand même singulièrement déséquilibré depuis que les femmes sont une majorité à travailler. Je ne parlerai même pas de ton analyse de la cellule familiale parce que je n’ai pas la moindre idée de comment on en est arrivées sur le sujet… Je ne suis pas vraiment d’accord mais je suggère qu’on en parle un autre jour. XD

          2. Là par contre je suis d’accord à 100%. Le genre tourne en effet énormément autour de la problématique du sexe, et bien que j’en comprenne la logique, je trouve ça dommage. C’est vrai que « Boy’s Love » a du coup une connotation érotique, alors que ce n’est pas ce que j’entends par là. Mais « roman avec un protagoniste gay », ça commence à faire long à dire !

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          1. J’étais pourtant sûr d’avoir lu le terme x) ça m’apprendra. Et puis dès que ça parle société je m’enflamme xD !
            Mais t’as raison, boy’s love c’est plus court même si ce n’est pas toujours bien interprété.

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