Ce que je pense de « Charlie Hebdo »

Charlie Hebdo, ça fait déjà deux semaines.

Je sais que je n’ai pas vraiment réagi sur la question, en dehors d’un « Je suis Charlie » un peu dérisoire sur Facebook. C’est qu’il fallait le temps que ça décante… Et je ne suis toujours pas sûre d’avoir pris la pleine mesure de ce qui s’est passé ce jour-là.

Mais ça fait déjà deux semaines, et loin de retomber, le sujet continue d’alimenter les conversations, d’agiter le web et de secouer la politique française et internationale. Alors je voudrais faire le point sur ce que, moi, je pense et je ressens devant tout ça. Parce qu’un pauvre « Je suis Charlie » ne suffit pas à vous expliquer mon point de vue.

Tout d’abord, je n’aime pas Charlie Hebdo. C’est vrai, ils jouent dans la provocation, dans l’outrancier, parfois dans l’injurieux. Je suis quelqu’un de diplomate dans tous les aspects de ma vie. Charlie Hebdo me fait froncer les sourcils et je ne fais certainement pas partie des millions de personnes qui se sont ruées dans les kiosques pour acheter le magazine de la semaine dernière.

Oui, mais voilà. On s’en fiche que je n’aime pas Charlie Hebdo.

Même si je n’approuve pas ce qu’ils écrivent, le fait est qu’ils ont le droit de l’écrire. Dans les limites de la loi, évidemment — et ils ont déjà été attaqués en justice plus d’une fois quand d’autres ont considéré qu’ils avaient dépassé les bornes. La loi est là pour encadrer la liberté d’expression et s’assurer qu’elle ne soit pas utilisée à mauvaise escient.

Si quelqu’un va trop loin, on lui colle un procès, pas dix balles dans le corps.

J’ai entendu bien des gens dire qu’en effet, c’était une tragédie, mais que… Mais. Mais quoi ? Mais ils l’avaient un peu cherché quand même, ils savaient très bien qu’ils s’attiraient des ennuis. Mais voilà qu’ils rajoutent de l’huile sur le feu avec leur dernier numéro ! Ils ne sont pas un peu fous ? Ils l’auront bien mérité s’il leur arrive encore quelque chose.

Et là, non, non, je ne suis pas d’accord. J’affirme même que ça me révolte, ce genre de propos. Alors quoi, parce que les types d’en face ont des armes à feu et n’hésitent pas à s’en servir, il faudrait s’écraser, renier tout ce que l’on est, se plier à la dictature de leurs exigences et fermer sa gueule ?

Je n’aime pas la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Mais il n’en reste pas moins que je trouve que les survivants de la rédaction ont un courage extraordinaire d’avoir choisi de tenir cette ligne malgré tout. Parce que l’inverse serait tout simplement une victoire de la peur, de l’obscurantisme et de l’intolérance.

Leur dernière une n’est même pas choquante. Elle se contente de provoquer, et encore provoque-t-elle uniquement ceux qui obéissent sans se poser de questions aux préceptes généralement admis de leur religion, en l’occurrence l’interdiction de représentation du prophète Mahomet (interdiction qui n’a rien de si évident, n’en déplaise aux musulmans vexés). Or Charlie Hebdo a toujours critiqué l’influence disproportionnée de la religion sur certaines populations, et c’est un thème sur lequel je les rejoins… surtout quand trois fanatiques se permettent un massacre au nom de leur dieu.

Qu’on soit en colère contre eux pour certaines de leurs unes les plus trash, je le conçois. Mais qu’on ne me dise jamais qu’ils l’ont « un peu mérité ». Personne ne mérite d’être tué pour des opinions ou des propos. Dieudonné m’offense dès qu’il ouvre la bouche, mais jamais je ne souhaiterais sa mort.

C’est donc tout ça que je dis lorsque j’affirme « Je suis Charlie » ; non pas que j’embrasse leurs propos, mais que je soutiens leur droit à les tenir sans le payer de leurs vies.

Charlie

Ceci étant dit, le monde ne s’est pas arrêté de tourner autour de nous.

Par ignorance et égoïsme, vingt vies ont été perdues sottement en plein cœur de la France. Mais quatre jours plus tard, une fillette portant une bombe artisanale est entrée sur un marché bondé au Nigéria, faisant là aussi une vingtaine de morts et dix-huit blessés. Et dans ce cas aussi, ces actes incompréhensibles n’étaient que le symptôme d’une maladie meurtrière.

Franchement, j’ai rarement l’énergie de parler actualités. Des atrocités comme celles-là, il en est commis trop souvent, et toujours pour les mêmes raisons : la cupidité, l’ignorance, la peur, le refus de s’ouvrir aux autres. Et puisque je n’ai pas le courage de dénoncer chacun de ces symptômes un par un, j’essaie au moins de les combattre à ma manière. D’être généreuse, ouverte d’esprit, de toujours questionner et apprendre de ce qui se passe autour de moi, d’écouter et comprendre.

Et de ne jamais, jamais pointer du doigt en disant « oui oui c’est vrai, ils exagèrent, c’était bien fait pour eux ».

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