La bromance, qu’est-ce que c’est ?

Aujourd’hui, je voudrais parler de bromance. Non, ce n’est pas une faute de frappe ; oui, vous m’avez bien lu : la bromance, contraction de « brother » (mot anglais pour « frère ») et « romance » (traduction superflue !), désigne une relation très proche mais non sexuelle entre deux hommes ou plus.

Le terme a pour la première fois été utilisé dans les années 90 par un certain Dave Carnie, rédacteur en chef d’un magazine sur le skateboard, pour désigner la relation qui se développe entre des skateurs passant beaucoup de temps ensemble (merci Wikipédia). Depuis, il se généralise de plus en plus dans la langue de Shakespeare. Il n’a en revanche aucun équivalent en français, donc je ne vais pas me gêner pour utiliser le mot tel quel.

Je ne sais pas si c’est parce que je suis disposée à la voir, mais j’ai comme l’impression que la bromance a depuis une dizaine d’années le vent en poupe dans la fiction audiovisuelle. Je peux donc facilement citer des exemples récents pour que les gens qui découvrent tout juste l’expression se familiarisent avec le concept : la relation entre John Watson et Sherlock Holmes, que ce soit dans la série de la BBC Sherlock, dans les deux films de 2009 et 2011 avec Robert Downey Jr. et Jude Law, ou même dans les excellents livres de Sir Arthur Conan Doyle, peut être qualifiée de bromance. Un autre cas à mon sens encore plus poussé est celui d’Arthur et Merlin dans la série éponyme Merlin (là encore de la BBC ; décidément, ces anglo-saxons !).

Si l’on remonte plus loin dans le temps, on trouve aussi le trio Kirk – Spock – McCoy de la série Star Trek originale. Dans les films ST récents, en revanche, l’accent mis sur ces relations est moins poussé et je ne suis pas sûre de pouvoir utiliser le terme, notamment pour Kirk et Spock. Dans le premier film, c’est certain, leurs rapports sont trop conflictuels pour qu’il ait sa place ; mais Star Trek Into Darkness corrige le tir, notamment avec la scène du sas de décontamination (ceux qui l’ont vu comprendront de quoi je parle…).

La bromance désigne donc une amitié très forte, presque fusionnelle, entre hommes. On peut être tenté d’y lire des sous-entendus homosexuels, mais à sa base, elle n’en contient pas et concerne souvent des hommes bien ancrés dans leur hétérosexualité.

Ça n’empêche cependant pas les fans, surtout féminines, d’extrapoler. La bromance est en effet l’un des deux types majeurs de relations masculines susceptibles d’entraîner la création d’énormes quantités de fanfictions yaoi (= traitant de romance et/ou de sexe entre deux hommes). Au cas où vous seriez curieux, l’autre relation dont je parle est la rivalité. Toute cette testostérone, il faut bien en faire quelque chose…

Mais comme je me compte à l’occasion dans le lot de ces fans, je serais bien la dernière personne à leur jeter la pierre. Chacun ses petits plaisirs, tant qu’on n’embête pas le voisin !

Bref, si j’ai choisi d’aborder le sujet de la bromance, c’est parce que c’est un thème qui me fascine et qui est susceptible d’apparaître dans nombre de mes textes. Un de mes livres préférés, L’esclave de Carol Berg, tome 1 des Livres des Rai-Kirah, traite entre autres de la naissance d’une relation pareille entre les deux personnages principaux, Seyonne et le prince Aleksander. Je peux aussi citer la série des Portes de la mort de Margaret Weis et Tracy Hickman avec le duo improbable de Haplo, le Patryn impitoyable, et Alfred, le Sartan maladroit (non, vraiment ; il est plus maladroit qu’Ophélie de la Passe-Miroir, je te jure Cristal !). D’ailleurs, pour la petite anecdote, mon pseudonyme habituel vient de cette série : L’aile du dragon, ou Dragon Wing en version originale, est le titre du premier tome.

J’espère en tout cas vous avoir éduqué un peu sur le concept. Et vous, avez-vous des exemples de bromance à citer ? N’hésitez pas à m’en parler dans les commentaires, je suis toujours à l’affût d’histoires de ce genre !

 [Pour approfondir :
Page Wikipédia sur la bromance, avec de nombreux exemples dans la fiction ou parmi les célébrités (en anglais) : http://en.wikipedia.org/wiki/Bromance ]

11 commentaires


  1. Ah ben je viens encore d’apprendre quelque chose ! La « bromance » ! Au fond, c’est ce qu’on retrouve dans les « Enfants de Prométhée » avec Dimitri et Eric ! *o* Les meilleurs ennemis. (Aaaaah, je connais les Portes de la Mort, je l’ai lu quand j’étais à la fac, et c’est vrai que le tandem entre Haplo et Alfred était de loin ce que j’ai préféré dans la saga). Maintenant, j’ai une petite question ? Existe-t-il un équivalent féminin du genre Bromance ? 🙂

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    1. Hé hé, c’est ce vers quoi je tends avec Dimitri et Eric, oui ! Pour l’instant ils en sont encore au stade des coups et des injures, mais il faut bien commencer quelque part… Oh, tu connais cette série ! J’en suis toute émue. N’est-ce pas qu’Haplo et Alfred forment un duo jouissif ? 😀

      Hum, je ne crois pas qu’il existe d’équivalent, non. De manière générale, les femmes sont souvent plus démonstratives de leurs amitiés que les hommes, et je pense qu’on a surtout jugé nécessaire de créer un terme pour définir une relation assez rare. Après, ça pourrait aussi être du sexisme, mais je vais éviter de monter tout de suite sur mes grands chevaux !

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  2. Ma dernière bromance en date: Mike et Harvey dans la série Suits…qui m’a bien sûr entrainé dans le fandom slash qui est assez bien fourni! Je n’ai pas été la seule à être titiller par la question!
    Mais, j’avoue que je me suis déjà demandé si effectivement les auteurs ne le faisaient pas un peu exprès d’en mettre dans leurs fictions. Je sais bien que les slasheuses ont tendance à voir
    le mal partout, mais quand même.

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    1. Merci du conseil ! J’irai jeter un coup d’oeil à Suits à l’occasion.
      On est d’accord, hein, on a vraiment l’impression d’en voir partout ces derniers temps ? Sans même parler du domaine des mangas/animes, où nombre de nouvelles séries donnent dans la bromance ou carrément dans les sous-entendus Boy Love à peine voilés, comme si les japonais avaient soudain réalisé qu’il y a là un marché à exploiter… Non pas que je me plaigne. 😀

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      1. Clairement. D’un autre côté, en France le marché du yaoi/slash se développe. Je me souviens lors de la première Japan Expo que nous avions fait avec Kumfu, il y avait genre 2 stands de Boy’s love. L’année d’après, ça s’était multiplié de façon hallucinante.

        Et pour en revenir aux séries, j’ai de plus l’impression que pour certaines séries, les acteurs eux-même s’en amusent. Je crois que c’est sur teen-wolf (que je ne suis pas) que les acteurs en jouent carrément. Ils doivent savoir que ça permet de drainer une certaine catégorie de fans.

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        1. Oui, il y a une prise de conscience de plus en plus forte des créateurs de fiction audiovisuelle. Pareil pour les films Star Trek, les acteurs de Kirk et Spock sont parfaitement au courant qu’il y a un vrai engouement de fans pour le couple ! Ça fait plaisir, on se sent un peu plus écoutés. ^^

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  3. Pas entre frères ?
    Il me semblait que les frères Winchester, de la série Supernatural, avaient remporté le prix de la bromance de je ne sais plus quoi de je ne sais plus où (je crois avoir vu passer ça sur fb)…

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    1. Hum, j’imagine que la définition peut varier… Pour moi, les relations familiales sont à part, mais il y a le mot « frère » dans le terme, après tout. Chacun son interprétation, je suppose !

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  4. Et voilà pourquoi, en commençant « Les Enfants de Prométhée », j’ai immédiatement cru qu’Eric et Dimitri finiraient ensemble. Et ce, rien qu’en lisant le résumé! XD Je passe trop de temps sur internet…

    Si tu cherches aussi des « bromances » en BD, je te recommanderais bien « De Cape et de Crocs » d’Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou, qui est très nettement centrée sur ce type de relation entre les personnages du renard et du loup. (Tous deux pourtant effectivement bien campés dans leur hétérosexualité.) A un moment donné, ce dernier appelle l’autre son « plus que frère, » je crois que ça résume assez bien la chose. (Et en dehors de ça, cette BD est géniale. Truffée de blagues hautement littéraires, mais hilarante même si on ne comprend pas les références!)

    Et pour les exemples ayant réellement existé, je crois qu’on peut citer aussi Montaigne et son célèbre essai sur sa relation quasi fusionelle avec Etienne de la Bohétie: http://www.bacdefrancais.net/essais_amitie.php

    Pour les romans, je n’ai pas d’exemple récent à te proposer, mais il me semble qu’il y a aussi un rapport du genre entre le docteur Rieux et Tarrou, personnages de « La Peste » d’Albert Camus. Dans tous les cas, leur relation m’avait beaucoup touchée.

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    1. C’est le risque de commencer à écrire de la bromance originale après avoir traîné si longtemps dans les fanfictions shonen ai, aussi. XD Merci pour les recommandations ! Cette BD a l’air sympa, ce sera peut-être l’occasion pour moi de lâcher un peu les mangas pour remettre le nez dans le dessin occidental.

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