Le syndrome des amoureux transis

Je ne suis pas une grande lectrice de romance.

J’apprécie les histoires d’amour, comme beaucoup de monde, mais seulement quand elles ne sont pas le thème principal du livre.

La raison en est simple : la romance a un nombre limité de ficelles. Ce sont généralement les mêmes vieux rebondissements cent fois vus et revus qui sévissent, et si je n’ai rien d’autre à me mettre sous la dent que des histoires de jalousie, de malentendus idiots ou d’amour interdit, l’ennui s’installe vite.

Et puis il y a ce que j’appelle le syndrome des amoureux transis. Et malheureusement, le mal apparaît parfois là où je ne l’attends pas.

J’ai récemment lu un livre de fantasy auquel j’ai très vite accroché (Stolen Songbird de Danielle L. Jensen). L’univers était bien tissé et original, le scénario prenant, les personnages intéressants.

L’héroïne en particulier s’était attirée mon respect. Ce n’était pas une amazone, mais pas non plus une demoiselle en détresse : juste une jeune femme normale qui se retrouvait dans une situation extraordinaire et qui, à force de détermination et d’astuce, se faisait des alliés et tirait tant bien que mal son épingle du jeu.

J’avais plus de réserves pour le héros, qui tentait de jouer les grands manipulateurs mystérieux mais se dévoilait au final très vite. Encore était-ce plus dû aux choix de narration de l’autrice qu’à son manque de subtilité, je lui laissais donc le bénéfice du doute.

Et puis, conformément à ce que le lecteur attendait depuis le début, ces deux-là sont tombés amoureux.

Et là, après 400 pages d’une lecture très agréable, j’ai eu l’horreur de voir le roman tomber en poussière devant mes yeux.

Le héros, qui portait jusque-là avec brio tous les espoirs de son peuple sur ses épaules, s’est transformé en égoïste co-dépendant. Non content de renier tout ce pour quoi il avait travaillé toute sa vie, il est tombé dans le piège éculé de la jalousie mal placée et a failli tuer un homme, après quoi il n’a rien trouvé de mieux à faire que d’infantiliser sa chère et tendre en insistant qu’elle “ne savait pas ce qu’elle voulait”.

Quant à l’héroïne, elle lui a bien sûr tout pardonné dans l’instant et s’est résignée à son comportement, tout en proclamant à outrance qu’elle l’aimait et ne voulait que rester à ses côtés. Ses priorités du début du livre ? Les alliés qu’elle avait trouvés et à qui elle avait promis son aide ? Oubliés.

Je veux bien que l’amour rende aveugle, mais quand il change jusqu’à la trame des personnages, il n’a plus rien de sain. Et quand il en vient à compromettre tout ce qu’une histoire avait promis à ses lecteurs, il est temps que l’auteur prenne du recul et réfléchisse au récit qu’il voulait vraiment raconter.

J’ai malgré tout réussi à terminer ce tome, mais là où je pensais dévorer la suite de la série avec bonheur, je ne mettrai sûrement pas le nez dedans. Il y a longtemps que je n’avais pas été aussi déçue par un livre, et tout ce potentiel gâché me laisse encore un goût amer.

Si vous vous êtes déjà trouvé·e dans la même situation, les commentaires vous sont ouverts ; je serai ravie de savoir quels livres éviter à l’avenir.

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