Avant-première

Bon, je ne sais pas vous, mais cette semaine j’ai besoin de me détendre et d’arrêter de penser politique. Stop.

Alors si vous êtes comme moi, voici mon offrande : la toute première scène du tome 2 des Enfants de Prométhée, que j’espère sortir en novembre ! Le texte est encore brut, il est possible qu’il y ait quelques corrections d’ici à la parution. Mais s’il y a des curieux qui ne connaissent pas le tome 1, je pense que c’est lisible sans grands spoilers.

Bonne lecture !


Une obscurité terrible régnait sur les lieux. Eric pouvait sentir son cœur battre jusque dans sa gorge, pompant dans ses veines une colère brûlante. Etait-ce cela que Dimitri ressentait autrefois avant de perdre tout contrôle ?

Il y eut un claquement sourd. Une étincelle jaillit, puis une flamme toute entière. Le garçon avait allumé une torche rudimentaire. Il la brandit, illuminant ses traits nerveux et les murs sinistrement lisses du mausolée.

Car c’était bien ce que cet endroit était : une tombe. La lumière dansa un instant sur la courbe d’un crâne, réveillant un éclat fantôme au creux d’une orbite vide. Les habitants des lieux hantaient le silence.

Un juron le brisa.

— C’est quoi ton problème ? Si je dis que cette porte ne bougera pas, c’est qu’elle ne bougera pas !

— Si elle s’est fermée, c’est bien qu’elle peut s’ouvrir.

— Oh, bravo. T’as trouvé tout seul la définition d’une porte. Peut-être que si on te laisse un peu de temps, tu comprendras « scellée » aussi.

Eric inspira profondément un air chargé de poussière. Cela ne fit rien pour le calmer.

— Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton !

La dispute acheva ses derniers restes de maîtrise de soi.

Il fusa sur les deux silhouettes qui s’agitaient dans la pénombre à l’entrée de la pièce, le garçon s’aplatissant contre la paroi à son passage. Dimitri le vit venir et se mit automatiquement en garde. Mais c’est l’autre qu’Eric attrapa par l’épaule et retourna sans douceur pour le plaquer contre la porte.

— Je ne vous permets pas de parler tout court ! cracha-t-il au visage de Corben Perkes. C’est vous qui nous avez mis dans cette situation. Si vous aviez parlé plus tôt, nous n’en serions pas là. Si vous aviez parlé plus tôt, vous auriez sauvé des vies, s’écria-t-il, la voix rauque, son cœur brisé perdu au fond de l’océan. Alors ayez la bonté de vous taire !

L’ancien gouverneur de l’Ile de Dore avait perdu de sa superbe. Le col d’une chemise mal taillée froissée dans le poing d’Eric, un début de barbe lui mangeait les joues et une lueur fiévreuse brillait dans ses yeux bleus.

— Je n’ai pas de comptes à vous rendre, dit-il froidement.

Comme dans un rêve, Eric sentit Dimitri intercepter l’autre main qu’il avait levée pour l’abattre sur ce visage méprisant.

— Arrête, dit l’abruti. Arrête, c’est pas le moment.

Eric l’ignora.

— Non. Clairement vous n’avez de compte à rendre à personne. Même ceux qui vous suivent, qui abandonnent toute forme de loyauté et de dignité personnelle pour conclure un pacte avec le Diable que vous êtes, même ceux-là ne peuvent attendre de vous que la trahison et la mort, s’entendit-il dire, à demi étouffé par la douleur et l’amertume.

Il dut toucher une corde sensible, car les traits de Perkes se crispèrent de fureur.

— Comment osez-vous !

Il se débattit contre sa prise et bientôt ils s’empoignaient tous deux comme des possédés. Dimitri lança les bras dans la mêlée, tâchant de les séparer à grands renforts de grognements et d’insultes. Eric ramena brusquement son coude en arrière, le projetant dans l’estomac du gêneur. Dimitri émit un bruit d’outre percée et tituba quelques pas. Il rencontra un obstacle et s’écroula.

Surpris et alarmé, Eric se figea. Imbécile, se morigéna-t-il aussitôt. Dimitri cachait si bien ses faiblesses que, l’espace d’un instant, il avait oublié.

— M’sieur Dimitri ! s’écria le garçon en se précipitant vers lui.

Au grand soulagement d’Eric, l’idiot bougeait déjà.

— Ça va, marmonna-t-il. Je ne suis pas en porcelaine non plus.

Il aurait sans doute poursuivi sur la force de « femmelette » d’Eric si, dans ses efforts pour se redresser, il n’avait touché quelque chose qui se mit à ronronner et s’illumina.

— Quoi encore ! s’écria-t-il en reculant à quatre pattes.

Une image se dessina dans les airs. Contre l’épaule d’Eric, Perkes émit un hoquet choqué.

— Par toutes les étoiles dans le ciel… murmura-t-il, révérencieux.

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