« RÉEL » – Chapitre 4

J – 2. Aujourd’hui les espoirs de Neru planent très haut, mais gare à la chute…

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Chapitre 4

Il y eut tant d’inscrits au Tournoi du Futur que, bien sûr, des éliminatoires furent nécessaires. Fraîchement arrivé parmi l’élite des joueurs, Neru craignait de n’avoir aucune chance. Pourtant, il franchit les obstacles haut la main et gagna sa place dans l’évènement. Il s’avéra que nombre de panthéoniens de longue date s’étaient laissés aller au fil des ans et ne pouvaient plus se mesurer à l’ambition d’un jeune acharné comme lui.

Après tout, il avait une raison de donner le meilleur de lui-même. Likaï continuait à s’intéresser au tournoi. S’il perdait aussi facilement devant elle, pourrait-il jamais à nouveau la regarder dans les yeux ?

Après les épreuves, il rejoignit Seth, Betti et Banon qui ne tarirent pas d’éloges sur sa performance. Betti ne cessait de tendre la main pour toucher son nouveau tatouage. La première fois qu’elle l’avait vu, elle s’était déclarée ravie que Neru se préoccupe enfin de son avatar. Depuis lors, elle l’abreuvait de recommandations sur une foule d’autres modifications qui, selon elle, lui iraient merveilleusement bien. Elle affirmait qu’il était urgent qu’il se soucie de son look, maintenant qu’il devenait une personnalité reconnue.

Son rang avait en revanche reçu l’indifférence générale, surtout lorsque Neru avait avoué qu’il avait été inspiré par Likaï. Ses amis avaient de toute évidence un problème grandissant avec la jeune femme, ce qui le frustrait. Ne faisait-il pas de son mieux pour passer plus de temps avec eux ? Pourquoi se montraient-ils aussi butés ? Il était sûr que s’ils la rencontraient, ils s’entendraient tous très bien. Il était impossible de ne pas apprécier Likaï.

Plein de cette conviction, il avait volontairement demandé à sa nouvelle amie de le rejoindre au salon où il conversait avec les autres. Il se redressa, sourire aux lèvres, en la voyant entrer. Seth, Betti et Banon tournèrent la tête pour chercher ce qui avait capté son attention. Neru ne les avait pas prévenus de son initiative : il avait été incapable de trouver comment aborder le sujet. Aucun d’eux n’eut l’air très heureux de cette arrivée inattendue.

Neru bondit sur ses pieds et se porta à sa rencontre.

— Hé, champion ! lui lança Likaï. Félicitations pour les éliminatoires. Je n’ai pas encore eu le temps de visionner toutes les épreuves, mais on dirait que tu t’en es aussi bien sorti que d’habitude.

Il haussa modestement les épaules, bien que rien n’aurait pu empêcher ses compliments de flatter sa fierté.

— Ce n’était pas aussi compliqué que je le craignais. Oh, viens, laisse-moi te présenter…

Elle se laissa volontiers introduire auprès de ses amis. Pourtant, au grand dam de Neru, ceux-ci réagirent froidement à sa bonne humeur. Banon la soupesa d’un regard peu avenant. Seth demeura impassible et, les bras croisés, Betti boudait.

Devant pareil accueil, l’enthousiasme de Likaï se transforma en un demi-sourire cynique. Au terme d’un silence qui parut interminable à Neru, Seth daigna demander :

— Ça veut dire que tu ne joues pas avec nous aujourd’hui non plus, j’imagine ?

Neru n’apprécia guère son ton, mais il fit de son mieux pour ne pas se laisser affecter.

— En fait, Likaï veut m’emmener essayer une simulation, avoua-t-il. Mais je me suis dit que vous pouviez venir ! C’est plus drôle à plusieurs. Vous avez déjà testé le deltaplane ?

Seth et Banon échangèrent un coup d’œil qu’il ne put déchiffrer. Betti fixait toujours ses pieds avec une moue têtue.

— Merci, mais on va s’abstenir, finit par répondre Seth en leur nom à tous. Amusez-vous bien.

Il y avait du sarcasme dans sa voix. Choqué par leur attitude, Neru prit congé avec un hochement de tête sec et s’éloigna avec Likaï.

— Je suis désolé, lui glissa-t-il. Je ne sais pas ce qu’ils ont, ils ne sont pas comme ça d’habitude…

— Peut-être qu’ils étaient de mauvaise humeur. C’est pas grave, allez.

Likaï n’était pas du genre à se laisser abattre pour si peu. Elle retrouva vite le sourire et l’entraîna jusqu’à la zone de simulation.

Il s’agissait d’une vaste vallée boisée encadrée de hautes montagnes. Le portail les déposa sur une falaise. Là, une IA rondouillarde attendait de prodiguer ses conseils aux débutants. Neru la consulta tandis que Likaï, habituée des lieux, s’équipait.

Il rencontra vite un obstacle déconcertant.

— Tous mes mods ? répéta-t-il, estomaqué.

— Je suis désolé, je ne vous ai pas compris. Veuillez reformuler votre question.

Il soupira. Vivement l’intelligence artificielle révolutionnaire promise par Prodig.

— Pourquoi suis-je obligé de désactiver tous mes mods physiques pour obtenir l’accès au matériel ? insista-t-il.

— Une simulation n’est pas un jeu. Son but est avant tout d’offrir un haut niveau de réalisme à ses utilisateurs.

— Mais… pourquoi ? Si les gens veulent du réel, ils n’ont qu’à se déconnecter, non ?

Il entendit Likaï pouffer dans son dos. Il se sentit aussitôt idiot, mais il essayait désespérément de comprendre pourquoi on exigeait de lui une chose si absurde.

— En effet, mon créateur vous y encourage vivement si vous en avez la possibilité, dit sereinement l’IA. Nous ne sommes qu’une humble simulation.

— Mais alors… Oh, peu importe, grogna Neru, réalisant qu’il argumentait contre un stupide programme.

À contrecœur, il obéit. Il se sentait presque nu sans sa multitude d’améliorations. Likaï le taquina et l’aida à mettre le harnais, le casque — qui avait besoin d’un casque dans la réalité virtuelle, enfin ? — et à saisir l’aile de deltaplane que l’IA fit aimablement apparaître pour lui.

Dix minutes après son envol, Neru s’écrasa à flanc de montagne. Ç’avait été une chute spectaculaire. Il aurait presque pu en être fier.

Likaï se posa non loin de lui, riant à perdre haleine. Son hilarité faillit lui faire rater son atterrissage. Il ne doutait pas que d’ordinaire, elle l’exécutait à la perfection. Les joues brûlantes, Neru s’efforça de se dépêtrer de son aile tordue tandis qu’elle débouclait son harnais et couvrait la distance qui les séparait avec une grâce qu’il lui envia.

— C’était une sacrée chute ! s’esclaffa-t-elle.

Il bougonna, mortifié. Elle se pencha pour l’aider à se dégager.

— Ne t’en fais pas, va ! Personne n’est très à l’aise la première fois.

Sa magnanimité lui donna le courage d’esquisser un sourire.

— C’était plutôt pathétique, admit-il.

— Assez, oui ! Mais il paraît que les gros joueurs ont plus de mal avec les simulations. C’est parce que vous avez l’habitude d’avoir vos mods constamment branchés, vous ne vous souvenez pas de ce que ça fait d’avoir un avatar avec une force et une liberté de mouvement standards.

Il haussa les épaules et se releva enfin. Il ôta son casque à présent inutile et le laissa tomber à terre. Likaï avait déjà fait de même. Elle s’écarta de quelques pas et se mit à tournoyer sur elle-même, les bras tendus. Elle semblait faire cela pour le simple plaisir de sentir le contact artificiel du vent contre sa peau. Neru l’observa un moment en silence, fasciné.

Finalement, il examina les alentours. Il était tombé bien loin de la falaise de l’IA.

— Comment on retourne au point de départ ?

— Tu peux appeler une voiture, si tu veux. Mais ce serait dommage de partir aussi tôt, non ? C’est beau, par ici. Ça ne te dit pas d’explorer ?

Comme s’il avait déjà refusé de l’accompagner où que ce soit. Likaï s’élança vers les hauteurs et il lui emboîta le pas.

La pente était escarpée et rocailleuse. La seconde fois qu’il faillit tomber quand des pierres se délogèrent et glissèrent sous ses pieds, il se souvint de rebrancher tous ses mods. Likaï ne manqua pas de remarquer son brusque regain d’agilité. Elle lui jeta un regard boudeur.

— C’est de la triche, bougonna-t-elle.

— Mais je ne suis pas habitué à avoir un avatar avec une force et une liberté de mouvement standards.

Elle rit.

— D’accord. Je compte sur toi pour me rattraper si je tombe, monsieur le champion !

Il lui adressa un sourire timide. Likaï progressait en équilibriste sur une saillie rocheuse, les bras tendus de chaque côté du corps. Neru marchait en contrebas et gardait un œil sur sa silhouette, mais elle se débrouillait très bien sans son aide.

— Qu’est-ce que ça fait d’entrer au panthéon ? demanda-t-elle de but en blanc.

Il fut surpris par sa question. Ce n’était pas la première fois qu’il l’entendait ces derniers jours, mais Likaï était la première personne qui lui sembla réellement intéressée par sa réponse.

— Pas grand-chose, avoua-t-il, avec plus d’honnêteté qu’il n’en avait témoigné même à ses amis. Je voulais surtout y entrer pour les jeux exclusifs.

Likaï hocha la tête sans paraître étonnée. Elle croisa les mains derrière son dos et sauta gracieusement au bas de la corniche. Elle se remit en marche près de lui, si près que leurs épaules se touchaient. Il ne s’écarta pas, le cœur battant.

— Tu es vraiment passionné de jeux, dit-elle en lui souriant.

— Passionné ? s’étonna-t-il. Oh, non, pas du tout !

Il détestait ce mot, « passionné ». C’était le terme que tout le monde utilisait pour qualifier les travailleurs, non sans une certaine dose d’ironie ou de compassion. « Pauvres gens, faut-il qu’ils soient passionnés pour passer tant de temps à faire ces choses ennuyeuses quand ils pourraient s’amuser en ligne comme tout le monde. » « Passionnée », c’était la description de sa mère quand elle travaillait seize heures par jour et chronométrait ses conversations avec son fils pour qu’elles n’empiètent pas sur ses expériences.

— Ce n’est pas une passion, c’est juste un passe-temps, dit-il avec un rire qui sonnait faux. Il faut bien s’occuper, pas vrai ? Depuis le temps que je pratique, je suis devenu doué aux jeux en tous genres, alors autant continuer…

Il interrompit son babillage nerveux en se rendant compte que Likaï avait perdu le sourire. Elle gardait les yeux baissés, fixés sur ses pieds.

— Likaï… ?

— « Il faut bien s’occuper » ? Tu ne trouves pas ça… triste ? On croirait entendre un prisonnier.

— Comment ça ?

— Tu peux faire tout ce que tu veux. Pourquoi pas ce dont tu as vraiment envie ?

Il s’abstint d’avouer que c’était ce qu’il faisait à l’instant même, en passant du temps avec elle.

— Il n’y a rien dont j’ai vraiment envie, dit-il à la place.

Elle s’immobilisa pour le scruter. Neru eut l’impression étrange qu’elle le jugeait, le mesurant du regard contre des critères dont il ignorait tout. Il fit de son mieux pour ne pas gigoter, nerveux. Il vit quelque chose de sombre passer dans ses yeux.

Finalement, elle se détourna et changea de sujet.

— Hé, regarde ce plateau là-haut. On doit y avoir une vue splendide !

Elle avait repris son enthousiasme naturel. Il soupira muettement de soulagement. L’espace d’un instant, il avait craint de l’avoir mise en colère.

Ils grimpèrent une dernière pente raide et Neru aida Likaï à se hisser sur la corniche qu’elle avait désignée. Le rebord saillait haut sur le flanc de la montagne et offrait en effet un large panorama de la zone. Les contreforts se déployaient sous leurs pieds en rivières de roche abrupte parsemées de buissons maigres et de pins clairsemés. Ils s’échouaient bien plus bas dans les premières courbes douces couvertes de végétation de la vallée. De là où ils se trouvaient, ils pouvaient apercevoir le fin ruban bleu d’un ruisseau qui la parcourait.

— Ah ! fit Likaï, humant l’air avec une expression béate. C’est beau, non ?

Elle tendit les bras comme pour cueillir dans le creux de ses mains le vent qui soufflait dans leurs cheveux. Neru ne comprit pas son ardeur. La pression de la brise contre ses joues et l’odeur de résine et d’eau fraîche qui lui emplissait les poumons n’étaient pas désagréables, mais les sensations restaient distantes, comme assourdies. La réalité virtuelle était extraordinaire, mais pas encore parfaite. Peut-être ne le serait-elle jamais, mais qui s’en souciait ? À cette altitude, ils auraient dû grelotter dans leurs fines combinaisons. Neru sacrifiait volontiers un peu de réalisme contre son confort.

— C’est joliment programmé, concéda-t-il en désespoir de cause.

Likaï baissa les bras et lui jeta un coup d’œil peu impressionné.

— C’est tout ce que ça t’inspire ?

Pris de court, il ne sut pas quoi répondre. Likaï avait des bases de programmation. Est-ce qu’elle voyait quelque chose qui lui échappait ?

Elle saisit ses mains, lui faisant promptement perdre le fil de ses pensées.

— Quel rabat-joie tu fais ! Détends-toi un peu. Profite !

Elle l’entraîna dans une danse improvisée et il fut si surpris qu’il trébucha sur ses propres pieds. Elle rit et se moqua de ses précieux mods.

— Qu’est-ce que tu fais ? balbutia-t-il.

— Je danse avec toi, pardi. Allez, montre-moi cette fameuse agilité !

Ces mots firent naître une rougeur furieuse sur son visage et il vacilla quelques pas de plus, stupéfait. Comme Likaï persistait à les faire tournoyer au son d’une musique imaginaire, il s’efforça d’entrer dans le rythme et de ne pas lui marcher sur les pieds. Avant qu’il ne le réalise, il s’était pris au jeu et riait avec elle.

— Tu vois, ce n’est pas si difficile !

— Je n’ai pas la moindre idée de ce que je suis en train de faire.

— C’est pour ça que c’est drôle. La vie serait bien triste si on ne faisait que ce qu’on est censé faire !

Il ressentit cette affirmation innocente avec une telle force et une telle justesse qu’il en eut un instant le souffle coupé. Likaï lui fit lever le bras et tourbillonna sur elle-même en fredonnant un air fantaisiste. Il réalisa qu’il frôlait des doigts cette énergie sauvage qu’un corps artificiel tissé de pixels et de lignes de code ne parvenait pas à camoufler, ce maelström joyeux qui n’avait cessé de le fasciner depuis ce jour où il avait vu Likaï pour la toute première fois, un enfant pourvu de deux petites ailes blanches qui se jetait d’une falaise et plongeait avec un cri farouche vers la mer écumante en contrebas.

Derrière ce masque de peau lapis-lazuli, cette fine silhouette et ces courtes mèches noires qui dansaient au gré de ses mouvements, il ne pouvait qu’essayer d’imaginer son vrai visage. Il savait qu’elle avait environ son âge, mais était-elle petite, grande ? De quelle couleur étaient ses yeux ? Habitait-elle tout près de chez lui ou à l’autre bout du monde ? Depuis qu’ils se connaissaient, elle utilisait le féminin pour parler d’elle. Le faisait-elle à dessein ou était-elle vraiment une femme ?

Ces questions, il se les était déjà posées cent fois… Mais elles pâlissaient toutes face à la certitude qui venait de s’ancrer dans son cœur.

Seth avait raison. Il était en train de tomber amoureux de Likaï.

Elle mit soudain fin à leur danse et s’éloigna d’un pas. Neru s’alarma, pensant qu’il avait fait quelque chose de bizarre, mais elle porta la main à sa bouche et toussa, une, deux, trois fois.

— Ça va ? s’inquiéta-t-il.

Une activité physique virtuelle n’avait pas de raison d’affecter son véritable corps. Mais elle balaya la question d’un geste.

— Oui oui, juste une allergie.

— Oh, fit Neru, qui n’avait jamais eu la moindre allergie. Désolé d’entendre ça.

Elle haussa les épaules. Il aurait pu se mettre des claques devant la banalité de sa phrase.

Likaï paraissait distraite. Son allergie devait la déranger car elle ne souriait plus. Elle se frotta les yeux, et il se demanda si elle parvenait à reproduire ce mouvement dans la réalité sans se déconnecter. Lui en aurait été incapable. Avait-elle une main fine, avec de longs doigts ? À retardement, cette rêverie le mit mal à l’aise. Il se fit l’impression de devenir un voyeur et décida que c’était une très mauvaise idée de songer au corps de Likaï. Elle le connaissait à peine.

Il allait proposer qu’ils retournent au portail quand elle reprit la parole.

— Au fait, pour le deltaplane ! Qu’est-ce que tu en as pensé ?

Sa jovialité sembla quelque peu forcée à Neru. Elle se méprit sur le sens de son hésitation et tourna un regard outremer insistant vers lui.

— Oh, allez ! C’est en faisant qu’on apprend. Essaie une deuxième fois, au moins. Je t’aiderai.

Il risqua un sourire.

— OK, dans ce cas.

— Super ! Je peux même te donner un truc dès maintenant.

— Un truc ?

Likaï avait pris une expression rusée.

— Puisque tu n’es pas doué sans tes mods… le taquina-t-elle, et elle s’interrompit le temps de rire à sa moue boudeuse. Je peux t’en donner un que l’IA ne détectera pas.

— C’est vrai ? demanda-t-il avec espoir.

Ce n’était pas son genre de briser les règles, mais il ne pouvait pas nier qu’il était tenté. Son échec cuisant avait tout de même été particulièrement embarrassant. S’il pouvait ne plus jamais s’humilier de cette manière devant Likaï…

Il fronça les sourcils comme une pensée lui traversait l’esprit.

— Mais les instructeurs sont censés pouvoir détecter tous les mods physiques…

— Oui, enfin, pas tous…

La voix de Likaï avait un petit quelque chose de chafouin qui lui fit vite comprendre où elle voulait en venir.

— Un mod illégal ? s’exclama-t-il.

Elle dessina une rapide pirouette, faussement désinvolte.

— Illégal, c’est vite dit. Il n’a jamais été validé par Prodig, c’est tout.

Il en resta stupéfait. Il aurait dû se douter que Likaï était assez douée en programmation pour créer un mod de toutes pièces, mais quand avait-elle trouvé le temps de s’en occuper ? Et puis, de là à l’utiliser en parfaite infraction avec les règles de RÉEL… Était-ce pour cela qu’elle lui semblait aussi gracieuse aujourd’hui ? L’idée le déçut.

— Alors ? le pressa-t-elle. C’est juste pour les simulations, il ne te servirait à rien pour les jeux, de toute façon. Et les simulations ne t’apportent ni points RÉEL, ni réputation. On ne peut pas dire que ce soit de la triche si tu n’y gagnes rien, non ?

Bon… Elle n’avait pas tort. Ce n’était qu’une manière de se simplifier la vie. Tout de même, il aurait refusé si qui que ce soit d’autre le lui avait proposé, mais puisqu’il s’agissait de Likaï…

— D’accord, capitula-t-il.

Elle le récompensa d’un sourire éclatant.

— Parfait ! Je vais juste avoir besoin de tes identifiants pour l’installer.

Il cilla, soudain mal à l’aise. Ses identifiants de connexion sur RÉEL ? S’il y avait bien une chose qu’il était strictement interdit de partager avec une tierce partie, c’était celle-là. Personne ne risquait de l’oublier quand l’écran de bienvenue le serinait à tout bout de champ. Mais il avait déjà accepté son offre… Il n’allait pas se dégonfler maintenant. Si elle s’aventurait à enjamber quelques règles, ce ne devait pas être si grave que ça. De quoi aurait-il l’air à ses yeux s’il changeait d’avis en pleurnichant ?

Il décida qu’il pourrait toujours modifier son mot de passe dès que l’installation serait terminée. Elle ne s’en offenserait sûrement pas.

— Bon, juste une seconde, murmura-t-il en s’efforçant d’ignorer sa nervosité.

Il rédigea un message privé rapide et l’envoya à Likaï. Il la vit cligner de la paupière pour l’ouvrir. Ses yeux parcoururent un texte invisible pour Neru. Ils revinrent ensuite à lui.

Il fut frappé par l’incongrue gravité de ses traits.

— Tu es un peu trop naïf, déclara-t-elle.

Neru la fixa sans comprendre, un sourire timide encore figé sur ses lèvres.

Une sonnerie stridente lui creva les tympans. Le souffle du vent sur sa peau et l’odeur de la montagne disparurent. En un instant, il fut avalé par l’obscurité.

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