Edilivre : arnaque ou nouveau modèle de l’édition ?

Avec l’essor des livres électroniques, de l’impression à la demande et de l’autopublication, le net commence à regorger de maisons d’édition « différentes », des structures qui se vantent de se démarquer des dinosaures de la littérature et d’offrir de nouvelles possibilités aux auteurs en mal de publication. Certaines d’entre elles ont des discours pour le moins alléchants. J’ai voulu me pencher un peu sur elles, histoire de savoir si j’avais tort de m’acharner à faire cavalier seul pour la publication de mes propres romans.

La première de ces « maisons d’édition alternatives », comme elle se dénomme elle-même, à m’avoir tapé dans l’œil, c’est Edilivre. Il faut dire que quand on fouille un peu dans le secteur, on s’aperçoit vite qu’ils font beaucoup de publicité. Ils sont par exemple partenaires d’un petit paquet de concours de nouvelles récents, où ils offrent aux gagnants la possibilité d’éditer gratuitement leurs premiers romans.

Étudions donc l’annonce de leur page d’accueil :

Edilivre vous publie gratuitement aux formats papier et numérique.

– Edition généreuse, simple, rapide et gratuite
– Droits d’auteur imbattables jusqu’à 70% dès le 1er exemplaire et un contrat sans engagement.
– Une large distribution papier et numérique auprès des libraires et sur internet, liseuses, tablettes, smartphones…
– Promotion efficace : médias, interviews, liste journalistes, réseaux sociaux, salons du livre, Club Auteurs…

Quand je vous disais que c’était alléchant ! Mais bien sûr, la réalité est rarement aussi belle que les vendeurs voudraient nous le faire avaler.

Creusons un peu l’histoire des « droits d’auteur imbattables », par exemple. En fouillant un peu sur le site (je leur reconnais ça de bonne foi, ils ne cachent pas les informations ; leur site est très clair et bien organisé), les droits d’auteur effectifs sont :

  • Sur les ventes papier : 20 % quand le livre est vendu sur Edilivre.com, 10 % quand il est vendu sur une autre plate-forme
  • Sur les ventes numériques : 70 % quand le livre est vendu sur Edilivre.com, 15 % quand il est vendu sur une autre plate-forme

Pour m’être penchée sur le problème depuis un moment déjà, je peux affirmer que ces droits n’ont rien d’extraordinaire.

Pour l’édition papier, Edilivre fait de l’impression à la demande. Dans ces circonstances, 20 % est un bon pourcentage ; 10 %, franchement pas si bon que ça. Quant aux ventes numériques, je suis carrément scandalisée par ce chiffre de 15 %. La plupart des plateformes de vente d’ebooks comme Amazon retiennent environ 30 % du prix de vente, ce qui signifie qu’à moins de frais cachés, Edilivre se met 55 % des revenus dans la poche pour ce type de transaction — bien plus que si l’achat est fait sur leur propre plateforme !

Sans oublier un autre détail de taille : les livres d’Edilivre sont chers, et dans le cas de leurs livres numériques, même atrocement chers. Il suffit d’un coup d’œil dans leur librairie pour s’en assurer. Une nouvelle de 28 pages choisie au hasard sera vendue 8€ en version papier… et 5€ en ebook. Un recueil de 400 pages, 35€ la version papier et 21€ l’ebook. Que l’impression à la demande ait ses frais, passe encore, même si ça me semble un peu fort de café. Mais les ebooks ? Ben voyons ! On continue à prendre les consommateurs de livres numériques pour des abrutis.

Ce qui m’amène à un autre point : le format. Quand Edilivre offre à l’auteur plein d’espoir une publication numérique, ils l’offrent sous format PDF. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de lire un fichier PDF sur liseuse électronique, mais ce n’est pas fait pour ça. Ça fonctionne, mais c’est loin d’être la joie. Il y a des formats spécifiques pour les livres électroniques : les fichiers ePub et Mobi.

Oh, Edilivre propose bien de créer un fichier ePub de votre livre, mais cela fait partie d’une de leurs options payantes : le pack E-book, disponible pour la somme modique de 149 €. Ce pack comprend aussi la diffusion auprès de plateformes comme le Kindle Store d’Amazon, Kobo, Chapitre.com… Qui ne font donc pas partie de l’offre de base. Devoir payer 149 € pour qu’Edilivre puisse se faire 55 % de gains sur les ventes de ces magasins en reversant à l’auteur un petit pécule (parce qu’ils sont généreux)… je trouve ça un peu difficile à avaler.

Bien sûr, ce n’est pas la seule de leurs options. Par exemple, Edilivre offre la couverture… mais seulement si vous voulez une couverture très basique, avec titre, nom de l’auteur et joli logo Edilivre sur fond blanc. Pour quoi que ce soit de plus sophistiqué, il faut payer de 119 € à 345 €, selon vos goûts.

Idem pour la « promotion efficace » : un certain nombre de fonctionnalités sont gratuites, comme la création d’une page web pour le livre, sa présence sur les principaux réseaux sociaux, la possibilité de se rendre au stand Edilivre dans les salons littéraires pour y promouvoir son œuvre (à vos frais, j’imagine)… Par contre, si vous voulez qu’on crée une bande-annonce pour faire connaître votre roman, il faudra débourser 149 €.

En résumé, Edilivre propose une offre intéressante, mais seulement si vous pouvez vous contenter du pack de base gratuit, qui n’est somme toute pas si mal si vous n’avez pas l’intention de faire fortune avec vos écrits. Les livres sont chers, les revenus d’auteur modestes, mais ils s’occupent de tous ces détails fastidieux comme la mise en page, l’ISBN, le dépôt légal, la couverture (basique), l’impression, le référencement auprès des libraires et la publicité (basique). Je reste en revanche persuadée que les options ne sont absolument pas rentables.

Mais libre à vous d’utiliser ces informations à votre guise !

Mise à jour du 14 mai 2015 :

Cet article ne fait qu’une analyse succincte d’Edilivre. Pour approfondir le sujet, je vous encourage à lire :

  • les commentaires de cette page où beaucoup d’auteurs sont venus parler de leurs expériences chez eux ;
  • >> ce second article << où je dissèque un de leurs contrats d’édition récents ;
  • >> cet article << sur l’impression à la demande qui pourrait également vous intéresser.

214 commentaires


  1. J »ai publié sur Edilivre un receuil de poèmes de ma mère ayant pour titre Chemins de Poésie.
    La mise en page du livre et la correction des fautes fut effectuée avec le plus grand soin par l’équipe d’Edilivre. Les problèmes ont commencé lors de la publication du livre. Après avoir recu le lien de l’ouvrage, je me suis empressée d’informer nos amis ainsi que les membres de notre famille dont un grand nombre réside sur le continent américain. Ils essayèrent de commander le livre en format papier, mais se heurtèrent à de telles difficultés qu’ils renoncèrent finalement à commander ce livre en format papier sur Edilivre.
    Je leur ai donc proposé de prendre leur mal en patience et d’attendre la parution du livre sur Amazon. J’ai entre-temps essayé de commander un ouvrage paru aux éditions Edilivre sur Amazon. J’ai passé la commande il y a plus de trois semaines. J’ai recu au bout d’une semaine une confirmation de commande. J’attends depuis plus de deux semaines une date approximative de l’envoi du livre. Nous avons contacté Amazon. Ils nous ont répondu qu’ils attendaient de se faire livrer par Edilivre. Imprimer les livres à la demande ne signifie pas que le client doivent attendre des semaines entières avant de recevoir le livre et si tel est le cas le client doit être tenu informé des délais aprroximatifs de livraison. Pour toutes ces raisons aucun des receuils de poésie de ma mère n’a pu être vendu. Et ce malgré l’énorme détermination des amis et de la famille d’acquérir son livre.
    Edilivre offre toutes sortes de services et d’options payantes à ses auteurs. J’ai en tout et pour tout dépensé presque 800,00 Euros pour la publication de 3 livres dont un est encore en voie de parution, mais aucun de ces livres en format papier n’a pu être vendu.
    Une de mes tantes résidant à New York à commandé sur Amazon le receuil de poèmes de ma mère, mais sa commande n’apparait pas sur le tableau des ventes!!!! Soit la commande n’a pas du tout été enregistrée malgré le no. de commande qu’elle a recu soit Edilivre…..

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  2. je n’ai pas eu ce problème pour commander le livre que j’ai fait publier chez Edilivre. Ils sont arrivés assez vite. J’ai par contre eu beaucoup de mal à obtenir mes droits d’auteur. Il m’a fallut beaucoup insister. Il faut aussi savoir que si vous ne vendez pas un certain nombre de livre, si ça ne dépasse pas une certaine somme, vos droits d’auteurs sont reportés à l’année d’après. Et comme il est peu probable que vous vendiez d’avantage de livres l’années d’après, Edilivre garde tout. Une centaine d’euros me concernant pour 2017

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    1. Eh bien, ça promet ! Encore une façon d’arnaquer qui, a priori, n’en est pas une. Si vous ne pouvez percevoir vos droits d’auteur qu’à partir d’un certain nombre d’exemplaires vendus, la société en question va s’enrichir entre autres grâce au peu d’argent qu’elle ne vous donnera pas… Si on multiplie la petite économie réalisée par le nombre d’auteurs qui ne vendront pas plus que vous, ça doit faire au total une belle somme engrangée par cet imprimeur, en plus du reste.
      Encore faudrait-il savoir comment il diffuse, comment il fait (ou non) de la pub pour votre livre…
      Ne trouverait-il donc pas intérêt à vendre un très grand nombre d’ouvrages différents (ce qui est le cas) à peu d’exemplaires ? (ce qui semble être le cas aussi). C’est triste.
      Explorer d’autres pistes me semble indispensable.

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    2. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_%C3%89dilivre

      Je viens d’aller faire un tour sur le site de cet « éditeur », quand je vois le tarif facturé à l’auteur pour la correction orthotypographique d’une page, je me dis que les correcteurs sont bien payés… ou se font bien avoir, parce que je suppose que ladite « maison d’édition » marge aussi là-dessus. Et d’ailleurs, qu’entend-on par « page », 1 500 signes espaces comprises ? Le mot « page », en soi, quand on parle de tarif, c’est très flou… Il faut préciser une page = tel nombre de caractères, sinon, ça ne signifie rien pour les gens qui ne sont pas des écrivains « de métier », comme la plupart des auteurs publiant par ce type de biais.

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      1. J’ai appris aujourd’hui que les commandes de livres passées sur Amazon n’ont pas été transmises
        à Edilivre. Cela concernerait à peu près une centaine d’auteurs qui ont édité leurs ouvrages sur Edilivre et qui sont donc aussi référencés sur Amazon. Une de mes tantes résidant á New York a commandé le receuil de poèrmes de ma mère sur Amazon, mais sa commande n’a pas été communiquée à Edilivre. Le service client d’Amazon affirme en revanche, qu’ils attendent d’être approvisionnés par Edilivre pour pouvoir livrer les clients.
        Qui peut-on croire dans tous ca?
        Beaucoup de nos amis et parents ont vainement tenté de commander le livre directement sur Edilivre. Je leur ai expliqué qu’ils devaient créer un compte avant d’effectuer un achat. Beaucoup d’entre eux ont trouvé qu’il était trop compliqué de passer une commande sur Edilivre. C’est pourquoi ils espéraient tous pouvoir acquérir le livre de ma mère sur Amazon. Or, maintenant, je vais devoir leur expliquer qu’ils doivent actuellement renoncer à cette option. Je n’ai personnellement pas fait d’expérience en tant que cliente sur Edilivre. C’est pourquoi j’ai du mal à m’imaginer qu’on puisse se heurter à de telles difficultés pour l’achat d’un livre.

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      2. Chez une correctrice que je connais, qui compte quarante-deux ans de métier, une page = 1 500 signes, c’est entre 3 € et 4 € TTC pour une correction orthotypographique basique (4 € si rectification approfondie + révision de la présentation), davantage si elle doit tout réécrire, forcément.

        Qu’entend Edilivre par « une page » ?

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        1. Bonjour,

          Je me décide à prendre longuement ici la plume car je ne cesse d’y lire des tas de sottises.

          1. Pour 98% des auteurs de livres aujourd’hui, être choisi par un éditeur qui prend en charge l’intégralité du travail et des coûts d’édition, de diffusion et de publicité, c’est tout simplement impossible car, étant bien trop nombreux à vouloir être publiés, nos chances d’être repérés par un Comité de lecture sont proches de zéro. (Et je ne parle même pas de la cohorte des écrivains du dimanche qui n’ont aucune histoire intéressante à raconter et à partager et qui, en plus, n’ont pas de style littéraire… et qui rêvent complètement). DONC, nous devons choisir une des nombreuses voies d’auto-édition à comptes plus ou moins partagés, c’est-à-dire accepter de donner un peu d’argent (mérité) à des professionnels en échange du travail qu’ils font pour nous et des risques qu’ils ne sont bien sûr pas prêts à courir avec un auteur inconnu (Nous). Ou aller voir « l’imprimeur de notre quartier » et se débrouiller de A à Z y compris la diffusion. Ou ne pas publier.

          2. Dans le monde de l’édition à compte partagé, il y a de tout: des bons et des mauvais, des honnêtes et des petits escrocs. À chacun de nous de faire le tour de ces « maisons », d’apprécier et de choisir celui en qui nous avons confiance en définitive.

          3. Une belle couverture attrayante, ça a un prix (ou un coût, comme vous voudrez). Une correction « ortho-typographique » faite par un professionnel aussi (et selon moi, c’est indispensable), cela représente beaucoup d’heures de lecture et relecture très attentive, et un très bon niveau, donc c’est très cher. Etc.

          4. Pour ma part, je viens d’achever un livre de mémoires de 400 pages (format livre). J’ai beaucoup cherché, discuté, rencontré (au Salon du Livre en particulier). J’ai même acheté au total une bonne douzaine de livres sur des sites de « maisons » de ce type ou à partir d’Amazon pour vérifier concrètement la qualité des livres, celle de la logistique de « l’Impression On Demande, les délais etc. Et en définitive, j’ai:

          5. a) choisi Atramenta comme éditeur (c’est un pro, à prix hyper raisonnables, publiant des livres soignés et très bien mis en page, nickel de bout en bout). b) pris un correcteur pro qui m’a coûté 941€, lui, et je ne le regrette pas, et c’est LE point de passage obligé, le poste sur lequel on ne peut PAS mégoter. c) et en plus, j’ai une toute nouvelle maison d’édition (une vraie, pas à compte participatif) rencontrée au Salon du Livre, qui a flash sur mon livre qui est actuellement entre les mains de son Comité de lecture et cela aboutira peut-être « Inch Allah » (je suis chrétien LOL).

          Bon courage à tous et arrêtez de geindre parce que des « éditeurs » proposent à des inconnus lambdas comme vous (et moi) un peu d’argent pour faire un indispensable travail. C’est bien normal, non?

          Dominique

          PS: Édilivre, dont on ne cesse de parler ici, je les ai rencontrés aux Salons du Livre de Paris de 2017 et 2018 et les deux fois, ils m’ont fait une très mauvaise impression. Et d’ailleurs leurs livres sont mal mis en page, avec énormément de place perdue, une qualité de papier et des couvertures bas de gamme etc. Je déconseille vivement.

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          1. Atramenta… un très bon choix, à mon avis. À coup sûr, la qualité de votre premier livre et le fait que vous ayez été remarqué par une maison d’édition « traditionnelle » sont à mettre au crédit de vos bonnes décisions, de votre réelle capacité d’écriture, au travail d’Atramenta et à celui de votre correcteur, ce « modeste savant habile à lisser la plume du génie », disait Victor Hugo en parlant sans doute du sien.

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              1. Ils ne vous étaient pas tous destinés… Je conseille toujours Atramenta et ses correcteurs pros.

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    3. Il faut être derrière si les commandes n’arrivent pas assez vite, en particulier chez les libraires, mais globalement c’est correct sans être extraordinaire. Pour ma part la dernière fois c’était le libraire qui n’avait pas été chercher le colis, et c’est le service d’Edilivre qui leur a téléphoné pour leur rappeler la date de l’envoi et où il se trouvait sur Nantes.
      Pour l’étranger je n’ai pas expérimenté.

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